Une chose

Si ce poème retranscrit une Espagne elle est fantasmée et sa diversité n'est pas restituée
Les nuits plus belles que les jours et l'importance sarrasine sont là et elles sont justes.

Mais l'Espagne c'est aussi au delà des fantasmes des choses oubliées.
On parle rarement des hauts plateaux apres de la castille en plein milieu du pays. Les habitants disent sur leur chez eux que c'est 4 mois d'hiver et 8 mois d'enfer.
Et c'est vrai.

L'Espagne c'est aussi une terre celte en Galice ou les montagnes tombent dans la mer. Un bout du monde avec son cap Finistère et le vent incessant.

Il y'a aussi un petit bout de catalogne pas touristique coincé entre les Pyrénées et Lerida. J'ai été voir à quoi ça ressemblait. Il y a des plaines pâtures de moutons, des usines et un temps lent.
Je viens un peu de la il y a longtemps. C'est pas loin de Barcelone mais ça n'y ressemble vraiment pas.

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Pour ce poème il y'a un peu de personnel.
Il parle d'un pays d'où je viens en partie ça remonte à loin plus loin que mes parents.

J'ai beaucoup déménagé durant ma vie toujours en France. Je suis un immigré de l'intérieur.
Bon je vais laisser parler Nerval qui sauf erreur n'a jamais été dans ce pays.

Par contre pour le jours moins beaux que les nuits il a bien saisi.

Gérard de Nerval

Espagne

Mon doux pays des Espagnes
Qui voudrait fuir ton beau ciel,
Tes cités et tes montagnes,
Et ton printemps éternel ?

Ton air pur qui nous enivre,
Tes jours, moins beaux que tes nuits,
Tes champs, où Dieu voudrait vivre
S’il quittait son paradis.

Autrefois ta souveraine,
L’Arabie, en te fuyant,
Laissa sur ton front de reine
Sa couronne d’Orient !

Un écho redit encore
A ton rivage enchanté
L’antique refrain du Maure :
Gloire, amour et liberté !

Petite dédicace aux amoureuses et amoureux de Paris et gentille petite taquinerie à celles et ceux qui n'aiment pas cette ville (coucou @Phipe oui on sera jamais d'accord là dessus mais ce n'est pas grave je t'aime bien quand même)

Paris

Où fait-il bon même au coeur de l’orage
Où fait-il clair même au coeur de la nuit
L’air est alcool et le malheur courage
Carreaux cassés l’espoir encore y luit
Et les chansons montent des murs détruits Jamais éteint renaissant de la braise
Perpétuel brûlot de la patrie
Du Point-du-Jour jusqu’au Père-Lachaise
Ce doux rosier au mois d’août refleuri
Gens de partout c’est le sang de Paris
Rien n’a l’éclat de Paris dans la poudre
Rien n’est si pur que son front d’insurgé
Rien n’est ni fort ni le feu ni la foudre
Que mon Paris défiant les dangers
Rien n’est si beau que ce Paris que j’ai
Rien ne m’a fait jamais battre le coeur
Rien ne m’a fait ainsi rire et pleurer
Comme ce cri de mon peuple vainqueur
Rien n’est si grand qu’un linceul déchiré
Paris Paris soi-même libéré

Louis Aragon

J'aime beaucoup la forme et pas que la forme

Au clos de notre amour, l’été se continue
Emile Verhaeren

Au clos de notre amour, l’été se continue :
Un paon d’or, là-bas, traverse une avenue ;
Des pétales pavoisent
– Perles, émeraudes, turquoises –
L’uniforme sommeil des gazons verts
Nos étangs bleus luisent, couverts
Du baiser blanc des nénuphars de neige ;
Aux quinconces, nos groseilliers font des cortèges ;
Un insecte de prisme irrite un cœur de fleur ;
De merveilleux sous-bois se jaspent de lueurs ;
Et, comme des bulles légères, mille abeilles
Sur des grappes d’argent vibrent au long des treilles.

L’air est si beau qu’il paraît chatoyant ;
Sous les midis profonds et radiants
On dirait qu’il remue en roses de lumière ;
Tandis qu’au loin, les routes coutumières
Telles de lents gestes qui s’allongent vermeils,
A l’horizon nacré, montent vers le soleil.

Certes, la robe en diamants du bel été
Ne vêt aucun jardin d’aussi pure clarté.
Et c’est la joie unique éclose en nos deux âmes,
Qui reconnaît sa vie en ces bouquets de flammes.

L’espérance

Andrée Chedid

J’ai ancré l’espérance
Aux racines de la vie

Face aux ténèbres
J’ai dressé des clartés
Planté des flambeaux
A la lisière des nuits

Des clartés qui persistent
Des flambeaux qui se glissent
Entre ombres et barbaries

Des clartés qui renaissent
Des flambeaux qui se dressent
Sans jamais dépérir

J’enracine l’espérance
Dans le terreau du cœur
J’adopte toute l’espérance
En son esprit frondeur.

Ma découverte parnassienne récente. C'est bizarre comme le parnasse est réputé formel et lourd et comme Renée Vivien est certes formelle mais légère.
En tout cas elle l'est pour moi.
L'impression que ça danse tout doucement.

Ressouvenir

Ô passé des chants doux ! ô l’autrefois des fleurs !…
Je chante ici le chant des anciennes douleurs.

Je le chante, sans pleurs et sans haine à voix basse,
Comme on se bercerait d’une musique lasse…

Profond, irrépressible, autant que le soupir,
S’échappe de mon cœur le mauvais souvenir…

Je vois s’abandonner mon âme lente et lasse
Au charme des bruits doux, de la lumière basse.

Que vont envelopper les anciennes douleurs ?…
Ô l’autrefois des chants ! ô le passé des fleurs !

Renée Vivien, Dans un coin de violettes, 1910

Un petit teaser

Imaginez un monde où il est interdit de lire sauf pour une élite. Et ou les lectures publiques encadrées donnent lieu à des déchaînements de passion.

Vous êtes curieux de voir ça ?

Alors lisez

Le rire du grand blessé
de Cécile Coulon

J'aurais peut être du mettre un cw parce que c'est un poème d'une tds qui parle de la mort entre autres.
Ben au final non parce que c'est un poème, que je partage les poèmes en public. Et parce que ce serait vraiment déplacé à mon sens de mettre un cw sur la forme d'expression la plus libre qui existe : la poésie.
J' assume que ce poème puisse choquer ou heurter, mais je n'y vois que de la beauté.
Je n'ai pas envie de cacher la beauté derrière un paravent.
En plus qu'est ce que Laure Calamy le dit bien.

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Griselidis Réal

Mort d'une putain

Enterrez-moi nue

Comme je suis venue

Au monde hors du ventre

De ma mère inconnue

Enterrez-moi droite

Sans argent sans vêtements

Sans bijoux sans fioritures

Sans fard sans ornement

Sans voile sans bague sans rien

Sans collier ni boucles d’or fin

Sans rouge à lèvres ni noir aux yeux

De mon regard fermé

Je veux voir le monde décroître

Les étoiles le soleil tomber

La nuit se répandre à sa source

Et m’ensevelir dans sa bouche

Muette la dernière couche

Où m’étendre enfin solitaire

Comme un diamant gorgé de terre

Me reposer dormir enfin

Dormir dormir dormir dormir

Sans plus jamais penser à rien

Mourir mourir mourir mourir

Pour te rejoindre enfin ma mère

Et retrouver dans ton sourire

L’innocence qui m’a manqué

Toute une vie à te chercher

Te trouver pour pouvoir te perdre

Et te dire que je t’aimais


Lu par Laure Calamy si vous voulez
m.youtube.com/watch?v=LEBk96wM

Puisque c'est l'été aujourd'hui 😊

Été

Un ciel insignifiant, sans forme ni couleur,
S’étale chaudement sur les toits de la ville ;
Je sens se dégager de ses vapeurs fébriles
Un charme artificiel et des rêves trompeurs.

J’étouffe sous le poids des tourments de l’été,
Je m’ennuie au milieu de la foule bruyante,
Je maudis le soleil, la lumière aveuglante,
L’agitation, le monde et les festivités.

Je ne supporte plus ce jour de canicule
Et tandis que s’amorce un banal crépuscule
Mélancoliquement je pense et je revois

Le sentier sinueux qui, à travers les ronces,
S’aventure se perd et doucement s’enfonce
Dans la pénombre humide et fraîche des sous-bois.

Isabelle Callis-Sabot

La jeunesse c'est une question d'âge ou de cœur léger ?

Chanson de la plus haute tour

Arthur Rimbaud

Oisive jeunesse
A tout asservie,
Par délicatesse
J’ai perdu ma vie.
Ah ! Que le temps vienne
Où les coeurs s’éprennent.

Je me suis dit : laisse,
Et qu’on ne te voie :
Et sans la promesse
De plus hautes joies.
Que rien ne t’arrête,
Auguste retraite.

J’ai tant fait patience
Qu’à jamais j’oublie ;
Craintes et souffrances
Aux cieux sont parties.
Et la soif malsaine
Obscurcit mes veines.

Ainsi la prairie
A l’oubli livrée,
Grandie, et fleurie
D’encens et d’ivraies
Au bourdon farouche
De cent sales mouches.

Ah ! Mille veuvages
De la si pauvre âme
Qui n’a que l’image
De la Notre-Dame !
Est-ce que l’on prie
La Vierge Marie ?

Oisive jeunesse
A tout asservie,
Par délicatesse
J’ai perdu ma vie.
Ah ! Que le temps vienne
Où les coeurs s’éprennent !

En musique ?
m.youtube.com/watch?v=F3eKoulO
Ou pas 😊

Si vous prenez le métro et si le cœur vous en dit essayez vous à la contrainte avec le hashtag

😊

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Une contrainte poétique oulipienne inventé par Jacques Jouet : le poème de métro.

Qu’est-ce qu’un poème de métro ?

J’écris, de temps à autre, des poèmes de métro. Ce poème en est un.

Voulez-vous savoir ce qu’est un poème de métro ? Admettons que la réponse soit oui. Voici donc ce qu’est un poème de métro.

Un poème de métro est un poème composé dans le métro, pendant le temps d’un parcours.

Un poème de métro compte autant de vers que votre voyage compte de stations moins un.

Le premier vers est composé dans votre tête entre les deux premières stations de votre voyage (en comptant la station de départ).

Il est transcrit sur le papier quand la rame s’arrête à la station deux.

Le deuxième vers est composé dans votre tête entre les stations deux et trois de votre voyage.

Il est transcrit sur le papier quand la rame s’arrête à la station trois. Et ainsi de suite.

Il ne faut pas transcrire quand la rame est en marche.

Il ne faut pas composer quand la rame est arrêtée.

Le dernier vers du poème est transcrit sur le quai de votre dernière station.

Si votre voyage impose un ou plusieurs changements de ligne, le poème comporte deux strophes ou davantage.

Si par malchance la rame s’arrête entre deux stations, c’est toujours un moment délicat de l’écriture d’un poème de métro.

La poésie c'est social aussi.
Rappel utile un soir d'élection.

Jacques Preverrt

La grasse matinée

Il est terrible
le petit bruit de l'œuf dur cassé sur un comptoir d'étain
il est terrible ce bruit
quand il remue dans la mémoire de l'homme qui a faim
elle est terrible aussi la tête de l'homme
la tête de l'homme qui a faim
quand il se regarde à six heures du matin
dans la glace du grand magasin
une tête couleur de poussière
ce n'est pas sa tête pourtant qu'il regarde
dans la vitrine de chez
Potin
il s'en fout de sa tête l'homme
il n'y pense pas
il songe
il imagine une autre tête
une tête de veau par exemple
avec une sauce de vinaigre
ou une tête de n'importe quoi qui se mange
et il remue doucement la mâchoire
doucement
et il grince des dents doucement
car le monde se paye sa tête
et il ne peut rien contre ce monde
et il compte sur ses doigts un deux trois
un deux trois
cela fait trois jours qu'il n'a pas mangé
et il a beau se répéter depuis trois jours
Ça ne peut pas durer
ça dure
trois jours
trois nuits
sans manger
et derrière ces vitres
ces pâtés ces bouteilles ces conserves
poissons morts protégés par les boîtes
boites protégées par les vitres
vitres protégées par les flics
flics protégés par la crainte
que de barricades pour six malheureuses sardines...
Un peu plus loin le bistro
café-crème et croissants chauds
l'homme titube
et dans l'intérieur de sa tête
un brouillard de mots
un brouillard de mots
sardines à manger
œuf dur café-crème
café arrosé rhum
café-crème
café-crème
café-crime arrosé sang!...
Un homme très estimé dans son quartier
a été égorgé en plein jour
l'assassin le vagabond lui a volé
deux francs
soit un café arrosé
zéro franc soixante-dix
deux tartines beurrées
et vingt-cinq centimes pour le pourboire du garçon.
Il est terrible
le petit bruit de l'œuf dur cassé sur un comptoir d'étain
il est terrible ce bruit
quand il remue dans la mémoire de l'homme qui a faim.

Pas sûr de tout comprendre mais le poème me plaît.
C'est complexe Celan.

Temps des péniches

Temps des péniches
les transformés à moitié se traînent
jusqu’à l’un des mondes

le déposé, réenclos,
parle sous les fronts de la rive :
de la mort quitte, de dieu
quitte.

Rapatrié dans l’oubli
le parler-hôte de nos
yeux lents
rapatrié syllabe par syllabe, partagé
par les dés aveugles de jour, vers quoi
s’agrippe la main du joueur, grande,
dans le réveil

Et le trop de mes discours :
déposé sur le petit
cristal dans le fardeau de ton silence.

Le poème du jour sera altier
Quand c'est Louise de Vilmorin c'est permis.
Parfois faut se la péter 😊

Bouche de reine
Louise de Vilmorin

La Reine en moi bercée
Me donne sa grandeur
Je suis la tour hantée
Dont les hommes ont peur.

Bouche de Reine
Sans un baiser,
Tour sur la plaine
Sans escalier.

Mes yeux sont les fenêtres
Où brillent ses beaux yeux,
La Reine va paraître
Chassant les amoureux.

Nul ne me dit :
« Viens ma maîtresse
Il est minuit
Dénoue tes tresses. »

Une Reine est en moi
Qui défie l’aventure,
Sa main est en mes doigts
Mon corps est son armure.

Et nul ne veut
De ma personne
Car je suis deux
Quand je me donne.

Merci @ritarenoir pour la découverte de cette poétesse.
C'est terrien, naturel et infiniment gracieux.

Cécile Sauvage

Je t'apporte ce soir

Je t'apporte ce soir
Je t'apporte ce soir ma natte plus lustrée
Que l'herbe qui miroite aux collines de juin ;
Mon âme d'aujourd'hui fidèle à toi rentrée
Odore de tilleul, de verveine et de foin ;
Je t'apporte cette âme à robe campagnarde.
Tout le jour j'ai couru dans la fleur des moissons
Comme une chevrière innocente qui garde
Ses troupeaux clochetant des refrains aux buissons.
Je fis tout bas ta part de pain et de fromage ;
J'ai bu dans mes doigts joints l'eau rose du ruisseau
Et dans le frais miroir j'ai cru voir ton image.
Je t'apporte un glaïeul couché sur des roseaux.
Comme un cabri de lait je suis alerte et gaie ;
Mes sonores sabots de hêtre sont ailés
Et mon visage a la rondeur pourpre des baies
Que donne l'aubépine quand les mois sont voilés.
Lorsque je m'en revins, dans les ombres pressées
Le soc bleu du croissant ouvrait un sillon d'or ;
Les étoiles dansaient cornues et lactées ;
Des flûtes de bergers essayaient un accord.
Je t'offre la fraîcheur dont ma bouche était pleine,
Le duvet mauve encor suspendu dans les cieux,
L'émoi qui fit monter ma gorge sous la laine
Et la douceur lunaire empreinte dans mes yeux.

Paul Eluard

Et un sourire

La nuit n’est jamais complète
Il y a toujours puisque je le dis
Puisque je l’affirme
Au bout du chagrin une fenêtre ouverte
Une fenêtre éclairée
Il y a toujours un rêve qui veille
Désir à combler faim à satisfaire
Un cœur généreux
Une main tendue une main ouverte
Des yeux attentifs
Une vie la vie à se partager.

De la musique dite "classique"
En fait pas du tout c'est de la musique savante debut 20ème siècle.

Le concerto pour violon de Sibelius.
L'œuvre qui m'a fait comprendre en quoi, dans la musique savante, énormément de choses dépendent de l'interprétation.

La c'est évident, l'œuvre commence par le violon seul et une montée que les violonistes appelent l'escalier de sibelius.

Certains montent les marches avec sentiment mais trop vite (Vengerov à un train à prendre la dessus hélas)
Il y a des violonistes qui le joue avec exactitude mais trop de brio.

Il y'a les versions de référence de Christian Ferras et Ginette Neveu...

Et puis il y a Hillary Hanh la surdouée qui a su être plus qu 'une surdouée. Mettre de l' exactitude, une âme, la lenteur nécessaire et qui grimpe l'escalier en ouvrant les oreilles et les âmes.

Merci Hillary

m.youtube.com/watch?v=J0w0t4Qn

Le thème sera liberté
Ce sera aussi le titre Est d'une certaine façon la forme

Liberté
René Char

Elle est venue par cette ligne blanche pouvant tout aussi bien signifier l’issue de l’aube que le bougeoir du crépuscule.
Elle passa les grèves machinales;
Elle passa les cimes éventrées.
Prenaient fin la renonciation à visage de lâche , la sainteté du mensonge , l’alcool du bourreau.
Son verbe ne fut pas un aveugle bélier mais la toile où s’inscrivit mon souffle.
D’un pas à ne se mal guider que derrière l’absence, elle est venue , cygne sur la blessure par cette ligne blanche.

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