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Utopies – que l’on atteint pas par @Eva

Plus j’y pense, plus je me dis qu’une utopie ce n’est pas un monde sans problème, c’est un monde où l’on s’est donné les moyens de résoudre les problèmes.

Je prends l'exemple de Venus plus X (Théodore Sturgeon) qui reprend pas mal de tropes listés dans les précédentes parties (c'est une utopie à twist, inhumaine, pro-matriarcale et avec des éléments que personnellement j'estime non-fonctionnels). Sauf qu'il y a un twist dans le twist : certes l'utopie n'est pas parfaite mais elle n'a jamais eu vocation de l'être. C'est un essai, un chemin vers, et c'est cela qui est intéressant, au final.
Dans Venus plus X, tout est basé sur le changement, et je trouve que cela plus que tout le reste est beau : ce n'est pas une structure figée considérée comme déjà parfaite, c'est un lieu de vie, avec tout ce que ça implique de mouvement, de modification, d'essai-erreur.

Je donne aussi l'exemple de Batir aussi, une anthologie post-apo dans laquelle les personnages se disputent et testent des choses. Ce n'est pas parfait en soit, mais c'est collaboratif et c'est cela pour moi, une utopie : non pas un monde sans problème mais un monde où l'on s'est donné les moyens de résoudre les-dits problèmes quand ils surviennent.

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Dernière partie de mon article sur les utopies : Utopies quand même
evadserves.ovh/index.php/2021/
Oui parce que dans le fond, même si elles sont dur à écrire (au point même que d'aucun n'hésitent pas à dire que c'est impossible) on est quand même nombre à vouloir lire des utopies (lire et écrire et publier).
Mon idée, c'est que peut-être : on se trompe sur ce qu'est une utopie. On veut créer un endroit parfait qui répond à des règles strictes grâce auxquelles ladite perfection demeure. Sauf que les règles, c'est un peu ça la source de la majorité de nos problèmes. Le fait de créer des règles différentes, même si elles sont mieux, implique de créer une société normative, avec des normes qui sont simplement différents, donc des problèmes qui sont différents.

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Pour prendre une métaphore qui n'est pas celle de mon article : écrire une utopie c'est comme écrire un programme informatique. Il y a des centaines de lignes, et il suffit d'oublier un point virgule à la fin de l'une d'elle pour que le programme ne fonctionne plus.
Sauf qu'en ce qui concerne la programmation, on peut juste lancer le programme sur son propre ordinateur et le débugger soi-même, une itération après l'autre.
En ce qui concerne l'écriture, on passe certes par des bêta-lecture et des corrections, mais le véritable test ne peut se faire qu'une fois le livre lancé dans la nature, et c'est probablement qq1 d'autre qui lira l'utopie-n°1 en se disant "han c'est pas mal ! Vas-y moi j'aurais fais comme ci comme ça, ça aurait encore mieux marché" et écrira son utopie-n°2 qui elle-même sera lue, et ainsi de suite.
Bref : pour peupler nos bibliothèques de belles utopies, il faudrait probablement qu'un plus grand nombre de personnes s'essaient à en écrire

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Article sur les utopies partie 5 : utopies partielles
(evadserves.ovh/index.php/2021/)
Peut-être la plus petite partie, pour revenir sur un point qui fait selon moi la difficulté de l'écriture des utopies : pour écrire un monde qui soit vraiment une utopie il faut, à moins d'être dans une démarche d'écrire une utopie ambiguë où certains aspects sont volontairement laissés problématiques, c'est qu'il faut trouver des solutions pour presque tous les problèmes à la fois. Or personne ne peut faire ça. On n'est jamais expert en tous les domaines (et même dans les domaines que l'on maitrise y'aura toujours des choses qu'on ne sait pas parce qu'elles ont pas encore été découverte mais que notre lectorat futur saura, ou des choses qui relèvent aussi de la croyance et de la sensibilité, etc etc).
Une utopie ne doit pas seulement être un bon endroit pour nous, ce doit être un bon endroit pour chacun, y compris les personnes qui ne nous ressemblent pas du tout et dont on peine à imaginer les besoins.

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Not fun fact : j'avais lu un article qui parlait du film Bandersnatch (un film interactif) où l'on suit un personnage artiste et, quand on explore toutes les fins possibles, on se rend compte qu'il n'y a que deux options possibles : soit le personnage est heureux mais le jeux qu'il crée est mauvais, soit il crée un super jeu que tout le monde adoube mais le perso fini au fond du trou (il est psychotique).
J'aurais aimé le partager dans ma propre réflexion mais je n'ai pas pu car l'article en question, écrit par Mx Dandelion, n'est plus disponible :/ (on voit juste le lien où il avait été partagé sur facebook : facebook.com/permalink.php?sto)

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Et pour le coup, je ne suis pas la seule à être lassée de ce trope là, puisqu'on peut aussi donner des exemples de textes qui dénoncent cette préconception (par exemple "Herland" dont je parlais hier, ou alors dans "After" de Auriane Velten : au début les personnages pensent qu'il faut restreindre la créativité, mais se rendent compte que c'est une erreur. Je cite aussi un passage de "La consolante" d'Anna Gavalda parce que je le trouve parlant, et que j'aime beaucoup ce livre ^^)

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Article sur les utopies partie 4 : utopies stériles
(evadserves.ovh/index.php/2021/)
Un des grands tropes que l'on retrouve souvent dans les utopies non-fonctionnelles c'est qu'elles sont stériles : au sens où elles empêchent toute créativité (qu'elle soit artistique ou scientifique). L'idée sous-jacente étant que le moteur de la curiosité et du progrès ne peut être que la souffrance.
C'est un trope que l'on retrouve dans pas mal de livres cités dans les parties précédentes et qui a tendance à me saouler tout particulièrement :
- dire que les artistes ont besoin de souffrance pour créer c'est juste s'autoriser à laisser les-dits artistes dans leur merde parce que soit disant c'est grâce à cela qu'iels produiraient leurs chefs d’œuvre (quand bien même les artistes en personne témoignent qu'au contraire aller mal ruine leur créativité)
- dire que l'art ne peut parler que de souffrance ou être plat et chiant, c'est pas très ambitieux comme posture. L'art, c'est aussi donner à voir la beauté du monde. Et le fait qu'on ait pris l'habitude des structures narratives avec de la tension et du suspens à tous les étages ne veut pas dire que rien d'autre n'est possible.

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Fun fact : on connait mieux les utopies (ou semi-utopies) matriarcales, mais dans son article "matriarcat et science fiction" publié dans le numéro 72 de Galaxie, Jean-Guillaume Lanuque liste aussi des dystopies matriarcales : "Souvent, l’idée centrale est la revanche des femmes passant par un déchaînement de violence, l’éradication des hommes et la mise en place d’une société totalitaire. Dans ces scénarios qui se soldent fréquemment par la réapparition d’un amour – traditionnel – entre une femme et un homme, on sent la manifestation d’une peur, celle de la mise en danger du patriarcat hétérosexuel par le militantisme des femmes."
galaxiessf.com/sommaire-revue-

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Je profite aussi de cette partie pour faire une parenthèse plus générale sur les matriarcats et ce qui, pour moi, les rends délicats à écrire : si l'on veut présenter un monde d'où les hommes ont disparus (c'est moins le cas dans les récits où ils sont simplement rendu minoritaires) il faut définir ce qu'est un homme (disparue) et une femme (restée), ce qui bien souvent donne lieu à des définitions fort binaires voir essentialisantes.

Une illustration de cela étant notamment au niveau de la représentation de l'homosexualité : puisqu'il n'y a que des femmes (ou principalement) l'hétérosexualité est impossible (ou réduite), et les autrices se retrouvent alors à faire le choix entre "montrer des couples lesbiens" ou "ne montrer aucun couple, ce qui va se voir et très vite sentir l'invisibilisation" (une alternative étant de montrer des couples de femmes mais uniquement s'ils sont problématiques : incestes ou viols)

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Articles sur les utopies partie 3 ; utopies matriarcales
(c'est par ici : evadserves.ovh/index.php/2021/)
De la même manière que le petit nombre d'utopies humaines fonctionnelles (comparé au fait que des utopies inhumaines existent), le fait qu'il y ait beaucoup de tentatives d'utopies matriarcales fini par donner l'idée que le problème fondamentale de l'humanité est l'existances des hommes™ (ce quand bien mêmes les matriarcats pris séparément ne défendent pas spécialement cette idée essentialiste que l'homme™ serait fondamentalement plus ville que la femme™)

Je prends pour illustration une des premières utopies matriarcales : Herland (que je replace dans son contexte étant donné que son autrice, la sociologue Charlotte Perkins Gilman, est aussi une des fondatrice du féminisme blanc : elle a contribué à re-théoriser le suprémacisme blanc de telle sorte qu'il profite au femmes blanches) Pour moi c'est un bon exemple car il s'agit vraiment d'une utopie, au même titre peut-être que Woman World, BD de Aminder Dhaliwal, là où beaucoup d'autres matriarcats sont plus ambigus.

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Eva D Serves a partagé

“Boys Don't Cry (Except When They Do)”, Pop Culture Detective
youtube.com/watch?v=kGxW2toAvz

“Since we all know that boys (and men) do in fact cry, this video focuses on the relatively narrow set of social circumstances when tears are permissible in media.”

Nota Bene : [mention validisme, eugénisme, racisme, nazisme] 

Je l'évoque rapidement dans la partie suivante (sur les matriarcats) mais ce trope de "l'utopie qui ne marche pas car l'être humain n'est pas conçu pour un monde de bonté" va souvent de paire avec cette idée que j'ai rarement (voir jamais ?) vu bien traitée : un monde d'où toutes les maladies ont disparues.

L'ennui c'est que pour dire "toutes les maladies ont disparues" il faut définir ce qu'est une maladie. Tracer la limite entre le normal et le pathologique. Sinon ça peut aussi bien laisser entendre que disparaissent aussi les handicaps, ou l'homosexualité (c'est le cas dans Herland) voir même (je l'ai vu une fois) : le fait de ne pas être blanc.

Bref l'idée d'un monde "sans maladie" est très lié à des conceptions validistes (et par ailleurs est fort compatible avec des positions complotistes de type antivacc), car bien sûr les récits qui mettent en scène la disparition de toutes les maladies ne critiquent pas l'absurdité de ce postulat ultra normatif, mais concluent que, leur monde sans maladie n'étant pas fonctionnel, c'est surement le fait de vouloir être en bonne santé qui est un problème (dans Harmonie c'est dit littéralement que se préoccuper de bien être est "un truc de nazi", je déconne pas)

Cela étant, ce sujet là réclamerait un article à part entière, donc en attendant je vous renvoie à la vidéo d'H-paradoxae "Un monde sans handicap" youtube.com/watch?v=gqYNc8eBBG

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Contre exemple intéressant : dans Triton de Samuel Delany, il me semble que si le personnage principal ne s'adapte pas au monde dans lequel il vit, ce n'est pas "l'inadéquation entre une utopie et la nature sombre de l'humanité dans son ensemble" qui est mise en avant, c'est la pensée misogyne du personnage principal en particulier qui est critiquée.
(j'avais donné mon avis sur Triton là evadserves.ovh/index.php/2020/)

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Article sur les utopies partie 2 : utopies inhumaines
(lien direct vers la partie : evadserves.ovh/index.php/2021/)

Il y a deux points à mettre en relation :
- les utopies qui ne marchent pas, quand bien même elles sont parfaites sur le papier, parce que les être humains (nous dit-on) ne sont pas fait pour vivre en utopie (c'est le message qu'envoie des livres comme par exemple Harmonie de Project Itoh)
- les rares utopies fonctionnelles qui, de fait, ne sont pas peuplée par des humains (par exemple Demain les chiens de Cliffort Simak, ou l'excellent AfterR d'Aurine Velten)

Au final : les utopies humaines sont-elles (si on s'en réfère uniquement à ce que nous montre la fiction) seulement possibles ?

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Fun fact : Quand j'étais en prépa, je n'avais pas le temps d'écrire des projets longs (romans) et je m'étais donc lancé dans un recueil de nouvelles dont le titre était "Un jour au paradis" (à l'époque, j'ignorais que les nouvelles pouvaient se publier indépendamment dans des revues/antho, et je pensais qu'il me fallait écrire un recueil entier avant de le soumettre à une ME... lol. Bref)
Le principe était le suivant : chaque nouvelle était introduite par un petit paragraphe commençant par les mots "ce serait bien si..." et ensuite j'écrivais la nouvelle qui finissait toujours mal (ou au moins de manière mitigée). Je suis donc bien placé pour savoir qu'user de ce processus (prendre quelque chose que tout le monde désire et le corrompre jusqu'à créer une dystopie) est extrêmement facile à mettre en œuvre. D'après ce qu'on m'en a dit, tous les épisodes de black mirror sont aussi conçu de cette manière.
(NB : Je ne veux pas diminuer le mérite des textes en disant qu'ils sont "facile" : il s'agit seulement d'une ficelle narrative, d'un trope comme il y en a dans toutes les histoires. Terra Ignota par exemple et une excellente utopie à twist, et elle est vraiment tout le contraire de simpliste. C'est juste la répétition de ce trope précis, mixé avec la rareté des vraies utopies, qui finit par donner l"idée assez déprimante que les utopies ne sont pas possible. Mais c'est l'objet de la partie suivante donc je vous parle demain 😜​)

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Après donc une introduction où je parle du meilleur des mondes d'Aldous Huxley (ce qui me permet de poser les termes : pour moi la base d'une utopie consiste à amplifier quelque chose de positif, comme le bonheur, même si le résultat final n'est pas fameux. Ce à l'inverse des dystopies qui sont créer en amplifiant au contraire quelque chose de négatif, comme le sexisme) je parle des Utopies à twist.
(lien direct vers la partie concernée : evadserves.ovh/index.php/2021/)

Une utopie à twist est monde que l'on perçoit d'abord comme utopique avant de s'appercevoir que ce n'est pas du tout le cas : ce n'est pas seulement que certains aspects restent problématiques (comme dans les "utopies ambiguës"), c'est que les aspects positifs montrés ne sont qu'illusion. Soit il y a un terrible prix à payer, soit les gens se sont simplement mis d'accord pour ne plus voir un problème qui existe pourtant bel et bien. Dans les deux cas : l'utopie n'est pas fonctionnelle.

L'exemple principal de cette partie est la série Terra Ignota d'Ada Palmer (les deux premiers tomes)

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Mon article sur les utopies étant fort long, j'ai décidé en commun accord avec moi-même de vous l'introduire partie par partie à raison d'une partie par jour.
De cette manière je crée un cadre où vous vous mangez pas tout d'un coup ET je fourni aussi une forme de résumée pour les personnes qui ont pas le temps de tout lire (sachant qu'une fois que vous aurez le contexte de ce que je dis avant, rien ne vous empêche de lire uniquement la partie qui vous intrigue ;p)

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