Bon ok je vais vous raconter une histoire. [long, cancel kid, blogosphère] 

Imaginez : vous êtes blogueuse littéraire lgbt+ (vous êtes plusieurs lettres dans le sigle, vous êtes aussi tdah, je vous fait pas de dessin) et handi moteur. Vous êtes vraiment fan de littérature young adult en particulier. Vous êtes sensé avoir passé l'âge, mais y'a quelque chose qui vous séduit particulièrement dans ses histoires qui font place à une diversité de représentation (ne serait-ce que : c'est facile de trouver des héroïnes plutôt que des héros) tout en étant peu prise de tête (ça reste des schémas narratifs classiques que vous avez appris à apprécier, politiquement c'est juste assez engagé pour promouvoir l'acceptation, sans vraiment creuser plus). Mais bon quand même, vous trouvez que les choses évoluent pas assez vite : avoir des héroïnes c'est bien, mais y'a toujours peu de personnages qui vous ressemblent vraiment (aka LGBT+ et/ou handi. Et puis vous vous rendez compte en écoutant d'autres personnes marginalisées autour de vous qu'il manque aussi de perso racisés), ou alors quand y'en a c'est pas trop à la hauteur de vos attentes (la traduction est à revoir, la couverture ne met pas en avant la diversité du contenu du livre, la promo est discrète, etc). Vous êtes active sur les réseaux sociaux donc vous voyez tous les drama passer (faut dire que les drama ça génère du clic, donc y'a plein de personnes que vous admirez qui se sont fait connaitre en ouvrant leur gueule) et vous finissez convaincue comme beaucoup dans la blogo que les maisons d'éditions françaises sont toutes nulles.
Mais bon... vous êtes pas du genre à rester les bras croisés, d'autant moins que vous avez déjà un pied dans le milieu du livre en tant que libraire (métier qui devient compliqué à cause de votre handicap). Vous vous dites que vous avez envie de créer votre propre maison, une qui éviterait toutes les erreurs des autres. Toute seule, ça fait peur, mais puisque vous parlez de vos envies sur twitter vous trouvez vite une partenaire qui s'occuperait de la partie administrative. Peu après, alors que le projet est sur les rails, une 3e collaboratrice vous rejoins, elle est plus jeune et encore en étude, mais c'est une vrai star dans votre petit milieu bookstagram (et puis elle est noire, ce qui tombe bien parce que votre premier livre aura de la rep racisée et vous avez bien compris que c'est important d'avoir des personnes concernées pour éditer ce genre de projets) (Est-ce qu'il y a une part de white-guilt qui vous pousse à commencer par ce texte-là alors que c'est la rep LGBT+/handi qui vous manquait... peut-être, probablement. Mais c'est un début)
Bref tout est sur les rails. Vous faites un ulule qui marche bien. Les gens que vous admirez vous envoient des messages qui disent "vous êtes des queens ! Les choses vont changer grâce à vous ! Merciiii".
Sauf que bon.... En fait vous avez pas tellement de connaissances du milieu édito (sinon vous auriez pas eu la critique aussi facile pour commencer), et vous avez pas vraiment de soutient. Les maisons d'édition installées ne vous aident pas (pourquoi le ferait-elles ? Vous vous êtes montées en disant qu'elles étaient nulles à chier, du coup elles vous regardent faire et puis elles diront que ça les surprend pas si jamais vous vous foirez. C'est un peu mesquin de leur part mais... eh...). A un moment donné (c'est pas clair quand exactement parce que personne n'en parle publiquement) votre 3e partenaire se barre. Pis les contributaires ulules commencent à s'impatienter. Faut dire que votre santé s'améliore pas et que vous prenez grave du retard. Une première fois vous faites un communiqué d'excuse, mais il devient clair que l'opinion s'est retournée contre vous et c'est démoralisant de redoubler d'efforts quand vous savez que les gens vous détestent d'avance. Trois mois plus tard, on vous prend à nouveau à partie sur twitter, et vous décidez d'abandonner et d'envoyer un mail pour que les gens puissent être remboursés. Vous allez surement le payer de votre poche parce que vous avez déjà du verser l'a-valoir pour l'autrice, et payer l'illustration de couv, et engagé d'autres frais, mais bon ce que retiennent les gens c'est que vous faites ça mal car tout le monde a pas reçu le mail et vous avez pas fait de communiqué sur vos réseaux sociaux. Bon. Le truc c'est qu'à ce stade vous avez surement commencé à comprendre qu'on ne peut pas gagner contre des cancel kid. Vous êtes les méchantes et tout ce que vous direz sera retenu contre vous.
La seule qui s'en sort c'est votre 3e contributrice, parce que vos détractrices l'adorent, pis elle est pas notée comme dirigeante sur société.com donc elle est forcément innocente (dans les faits on vous reproche surtout votre manque de communication et elle reste aussi silencieuse que vous sur toute l'affaire, mais bon c'est pas pareil parce que les gens d'internet ont décidé que ça l'était pas. Pis c''est pas la question en vrai, sa responsabilité. Tant mieux pour elle si les gens ne lui reprochent rien. Vous aimeriez juste avoir vous aussi droit à un peu de considération). Le truc c'est que c'est surtout facile : si on oublie la participation de la 3e éditrice, vous êtes deux blanches qui se sont lancées dans la publication d'un livre avec de la rep nord-africaine. De là à dire que vous êtes de sale privilégiées qui exploitez l'envie des personnes racisées de se voir représentées pour se faire de l'argent sur leur dos... il n'y a qu'un pas qui est franchi allégrement. A en croire twitter, vous avez fait exprès de foirer votre maison avant même votre première parution pour vous barrer avec les cinq mille balles du ulule. C'est pas vraiment un scénario qui a du sens (Bien sur vous avez surement votre part de racisme internalisé, comme tout le monde en fait, c'est un peu le principe d'une oppression systémique que tout le monde la reproduise. Mais qui voudrait faire exprès d'échouer dans son rêve et dans son ambition pro ? quel genre d'handicapé-lgbt en reconversion pro pense pouvoir s'en sortir avec l’immunité d'un mec-cis-het-blanc après une méga shitstorm ?) mais c'est celui qui permet à la blogosphère de ne pas se remettre en question.
Vous auriez pu raconter vos histoires, nos erreurs et les leçons que vous en avez tirés. La blogosphère aurait pu avoir un aperçu des contraintes édito et peut-être commencer à émettre des discours un peu moins pété/binaire à base de "nous sommes les gentilsTM et si vous êtes pas parfaitement comme on décide que vous devriez être dans un monde idéal, alors vous êtes l'ennemi" (d'autant qu'au final, vous remboursez l'argent, votre premier roman n'est pas sorti donc l'autrice pourra le publier ailleurs, y'a rien d'irréparable à part que vous avez perdu du temps. C'est nul mais ça arrive). Mais non.

Au final tout ce qu'il est possible de tirer de ça c'est une illustration de ce qu'on savait déjà : quand on laisse des cancel kids ensemble suffisamment longtemps, iels finissent par se cancel mutuellement. Vous décidez si vous voulez en rire ou en pleurer. Moi ça me conforte juste dans l'idée que je veux pas bosser avec ces gens :/

Hello !
Dites je demande là comme vous êtes nombre à aimer la tech par ici : je viens de changer la batterie de mon pc (qui était maxi décédé) et j'aimerais bien ne pas bousiller la nouvelle. Vous connaitriez pas des logiciels qui te préviennent qu'il faut debrancher quand t'arrive à 80% de charge, et qui te previennent qu'il faut rebrancher quand t'es descendu à 20%, parce que perso j'y pense : absolument jamais ? (Ou encore mieux qui regulent automatiquement les cycles de chargement/déchargement sans que t'aies besoin de brancher/débrancher, mais j'y crois pas trop)
(NB : je suis sous windows, oui c'est le mal, mais flemme)

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"Je suis pour le travail et contre l'assistanat" scande ceux qui sont infoutus de voir qu'une part non-négligeable des boulots utiles c'est effectivement d'assister les autres

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Puisque @goofy @aaribaud et quelques autres s'intéressent au #writever, je rappelle que j'ai créé ce défi en novembre 2020 pour Twitter et que je l'anime depuis lors sur cette plateforme.
Les listes ne tombent pas du ciel. Elles sont mensuelles, thématiques et sont proposées par des participants que je cite systématiquement dans l'annonce, le dernier jour du mois précédent.
Voici celle du mois de septembre.

Bon.
Je passe mon temps à râler sur le fait qu'on manque cruellement de ressources sur l'antivalidisme en français. Et en particulier : j'en reviens souvent à déplorer l'absence de traduction française de l'essai de Devon Price "Unmasking autism".
C'est un essai qui aborde l'autisme d'un point de vue social et politique (et vraiment : on en a besoin), qui rappelle l'importance de ne pas sombrer dans les dichotomies foireuses (les "hauts versus bas niveaux") ou les essentialismes réducteurs (l'idée même d'un "autisme féminin"), et la nécessité de prendre en compte la pluralité des manières dont l'Autisme peut se manifester / se masquer (particulièrement sur des sujets autistes déjà marginalisés du fait de leur racialisation, leur queerness, leur féminité, leur classe sociale, etc), ce afin de dessiner les contours d'un horizon social désirable.
C'est aussi un livre qui donne des clefs pour se défaire de l'auto-stigmatisation et mieux vivre/assumer sa neurodivergence.

Or donc : j'ai pas les droits pour traduire cet essai moi-même.
Mais : il existe le droit de citation.
Donc : j'ai écrit (en fait je l'ai écrit en mai dernier mais j'ai mit le temps à décider de le poster) un article "too long didn't read" du livre (du moins : de son aspect social et politique, théorique, en laissant de côté les nombreux exemples qui sont donnés, et les exercices qui sont proposés aux lectaires autistes pour arrêter de masquer à une échelle individuelle)

Bref : c'est par ici > evadserves.ovh/index.php/2022/

j'ai lu "De chair et de fer" de Charlotte Puiseux, qui est un essai/témoignage sur l'antivalidisme crip (c'est-à-dire que l'autrice nous présente les différentes facettes de l'antivalidisme dans l'ordre où elle-même les a découvertes au fil de sa vie : de son diagnostic quand elle était à la crèche, à ses études de philosophie/psychologie, à son travail en passant par ses engagements au NPA).
Si vous vous intéressez déjà beaucoup à l'antivalidisme, vous n'apprendrez pas grand chose de neuf (peut-être quelques noms et contextualisations), mais de fait il y a tellement de gens (y compris militantts) pour qui le handicap reste un angle mort que je ne peux que me réjouir d'avoir cette ressource en français à recommander ! (j'pense c'est particulièrement adapté si vous êtes déjà familièrrs du militantisme et réflexions politiques autre qu'antivalidiste, par ex si vous avez déjà lu pas mal sur le féminisme ou l'anticapitalisme, et que vous voulez élargir vos perspectives aux problématiques liées au validisme).

Personnellement, si j'avais un reproche à faire, ce serait sur le traitement du queer. En effet l'autrice se revendique des mouvements crip, qui se définissent comme la rencontre intersectionnelle entre les mouvements antivalidistes et queer. Mais en fait je ne vois pas vraiment d'intersectionnalité dans ce qui est dit (ou alors uniquement entre antivalidisme et féminisme) : il s'agit surtout d'appliquer les outils développés par les mouvements queer > En particulier l'idée même de se réapproprier une insulte comme "queer = bizarre", respectivement "cripple = estropiéé", pour refuser l'assimilationnisme "on va faire comme les hétéro mais en étant LGBT", respectivement "on va faire comme les valides malgré nos handicaps".

Citation p.130 : "Je cherchais toujours un moyen de théoriser cette idée du handicap comme trouble à l'ordre public, de le présenter non pas comme une différence vouée à être acceptée dans notre jolie société Bisounours, mais comme une explosion des codes, une force positivement destructrice pour nous rendre notre liberté d’êtres humains..."

C'est très cool comme approche.
Juste : l'autrice en vient à dire qu'on peut être queer car handi, et moi je veux bien, mais quid des gens qui sont les deux et veulent réfléchir à comment queerness et handicap s'entremêlent (quid donc de l'intersectionnalité) ? (Il y a vraiment beaucoup à dire sur ce sujet, et très peu de ressources. Quasiment aucune en français, en fait. Et je trouve ça fort dommage)

Citation p.124 "à partir du moment où on dévie des normes, on n'est plus vraiment "straight", même si l'on est par ailleurs hétérosexuelle, cisgenre ou dyadique. La déviance par rapport aux normes telles que nous la vivons en tant que personnes handicapées, tout comme les personnes racisées, travailleuses du sexe, les polyamoureuses ou autres "déviantes", nous fait entrer directement dans la catégorie des queers".

Bref le queer (comme d'ailleurs l'anti-racisme) est envisagé prioritairement sous l'angle "ce qu'il apporte aux réflexions antivalidistes, leur permettant d'évoluer vers les théories crip". Pour le reste, on ne parlera pas vraiment des personnes queer (au sens LGBT+) handis (on les évoquera sans commenter). Il sera en revanche question des "personnes socialisées comme des femmes handis" (à opposer aux personnes socialisées comme des hommes handis), et des "personne sexisées handis" (pour concéder que les femmes cisgenres ne sont pas les seules victimes du patriarcat, sans toutefois prendre vraiment le temps de considérer d'autres populations et leurs problématiques spécifiques).

Au final je suppose que c'est une question d'attente : ne lisez pas en vous attendant à du "crip = intersection entre antivalisme et queer" mais à du "crip = antivalisme enrichi de réflexions issues des théories queer auxquelles on reconnait la parentalité".
(NB : je ne sais pas à laquelle de ces définitions le crip renvoie dans les pays anglophones où ces théories ont été élaborées, parce qu'en France quasiment toutes les ressources qui présentent le crip sont faites par Charlotte Puiseux)

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📘 1er septembre 2022 : sortie en poche de Subtil Béton ! 📘

Un plus petit format qui rentrera parfaitement dans votre sac pour la rentrée ! Par contre, pas de carte intégrée à l’intérieur du livre (cette dernière reste accessible en ligne : subtilbeton.org/spip.php?rubri ).

Le poche sera le 1er septembre en librairie, mais il est d’ores et déjà précommandable auprès de l’Atalante : librairielatalante.com/a/les-a

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Fini Un pays de fantômes, de Margaret Killjoy, sorti aujourd'hui aux éditions Argyll. Si j'étais perplexe du début (je ne suis pas cliente de la tradition du roman utopiste, avec un personnage qui découvre un lieu), la découverte de Hron m'a laissée en larmes. Je me suis sentie reconnue. On existe déjà ✊

Oh wow je cringe si fort 😬​
Je suis tombé sur cette vidéo d'une meuf qui explique qu'elle ne s'est jamais sentie à sa place sur terre et que tout va beaucoup mieux depuis qu'elle s'est éveillée à la spiritualité et qu'elle a compris qu'elle était en fait une extraterrestre dont l'energie résonne avec celle de Syrius (source : m.youtube.com/watch?v=qXl6fIOV)
Le truc c'est que : je comprends. Moi aussi quand j'étais ado je pensais que je venais d'ailleurs (plus un monde parallèle qu'une autre planète mais same). C'est d'ailleurs pour ça que j'aime autant le personnage d'Émilie Laflamme (les deux films sont si doux <3) : parce que l'héroïne aussi se prend pour une extraterrestre et attend qu'on revienne la chercher. Je sais ce que c'est : être bizarre, s'entendre dire qu'on est bizarre, avoir besoin d'une explication autre que "tu es une merde". Bien sûr qu'on veut croire qu'il y a un monde (même lointain et inaccessible) dans lequel on aurait notre place.
Le truc c'est que : non tout ne va pas mieux parce que t'arrive à te convaincre que t'es effectivement extérieur à la planète où t'habite. C'est rien qu'une forme de dissociation un peu poétique : si c'est pas chez toi ici alors rien ne te concerne. Bien sûr ça t'aide à tenir, mais tant que t'as encore besoin de ça t'es pas vraiment heureuxe (c'est même la base du truc : ça t'aide pas à trouver le bonheur ça donne juste une justification essentialiste au fait que tu ne pourras jamais vraiment l'être : t'es fondamentalement trop autre pour ça).
Perso ça me rend triste parce que le sentiment que décrit la personne dans la vidéo est clairement le vécu d'une personne neuroA/ handie qui n'a pas les bons outils pour se comprendre et se reconnecter à sa propre vie (son corps, ses proches, son quotidien) et y trouver de la joie.
Et bref je repense a cet extrait de "Unmasking autism" de Devon Price où il explique au combien c'est courant pour des autistes de s'imaginer autre / sans corps : "This is actually a really common Autistic experience. Perhaps because many of us are alienated from mainstream neurotypical life, we come to identify with fantasy creatures, aliens, robots, or animals instead of people around us. Our hyperlitteral, analytic minds recognize that the rules of the gender binary are arbitrary and entirely made up, so making up our own gender identities and rules of presenting seems like fair game. Identifying outside of the binary (and outside of humanity) also helps many of us put a name to how detached we feel from society, and from our bodies" (p.58) et "To cope with the pressure of masking, many Autostics disappear into our own heads. I can't tell you how many times I've heard an Autistic person say they wish they could just be a floating brain in jar, or a dark, sentient mist with no physical form" (p.123)
Bref on a besoin de vraies ressources accessibles sur la neurodiversité, que les gens ne s'enferment pas dans des fantasmes où iels ne peuvent possiblement être heureuxes qu'en rêve. J'ai connu ça et je vous garanti que c'est merdique :/

Sinon j'ai regardé hier le double épisode bonus de Sandman et euh... c'est pas bon ? Genre j'ai bien aimé la série, et là j'ai l'impression qu'on se sert de son succès pour nous vendre deux histoires qu'on n'aurait jamais regardé sinon. 

La première (rêve de mille chat) c'est l'histoire de chats qui parlent (sans bouger la bouche, alors qu'ils sont dessinés) qui voudraient bien tous rêver ensemble que c'est eux les maitres du monde et que les humains sont à leur merci, parce que ca (re)deviendrait la réalité, or ils ont remarqué que les humains traitent parfois très mal leurs animaux domestiques. Le message (si tant est qu'on puisse qualifier ça de message tellement c'est convenu) c'est que "tuer des bébé chats, c'est pas très très gentil". C'est pas un mauvais message hein, mais c'est tellement basique que c'est très bizarre que ça se prenne autant au sérieux.

La deuxième (Antiope) c'est une muse qui se fait capturer par un écrivain qui a pas d'idée et qui la force à l'inspirer (au lieu de la libérer et de la séduire pour qu'elle ait spontanément envie de l'inspirer). Et en vrai au delà du fait que je trouve le personnage principal particulièrement inintéressant (ça rime à quoi de vouloir être écrivain si t'as littéralement rien à dire ?), j'aime pas trop la vision que ça donne de la condition d'artiste : parce que si ce sont des muses qui nous inspirent (pas au sens métaphorique mais vraiment des vraies entités incarnées qu'il s'agit de séduire) alors tout l'art de créer est uniquement affaire de séduction et pas de création. J'crois que ça m'énerve autant que les trucs qui déshumanisent les artistes à base de "ce sont des génies" (avec toutes les variantes "ils sont hérités d'un pouvoir ancestral et héréditaire qui fait que se sont des personnes fondamentalement différentes du commun des mortels", coucou "l'autre" de Bottero, avec tout ce que ça implique de déconsidération des aspirantts artistes qui n'ont pas été adoubés par la fame). Au fond ça revient au même problème : ça sépare totalement l'art de la personne artiste, et donc du contexte social dans lequel évalue ladite personne. Perso l'art ne m'intéresserait pas du tout s'il devait être dictés par des muses ou j'sais pas quoi. Ce qui m'intéresse, c'est voir comment les gens arrivent à partager (voir sublimer) leurs réalités.
Et bref le truc qui me perturbe c'est que les gens qui ont écrit cet épisode sont forcément écrivains eux-même, et je comprends pas comment ils peuvent être à ce point à côté de la plaque sur leur propre métier 🤔​

Et finalement j'aurais quand même aimé avoir plus d'exemples d'utopies, je pense. Là on a "Apprendre, si par bonheur" de Chambers, "Premier contact" (le film), la série "Star trek : discovery" (ça m'a donné envie de la voir d'ailleurs, même si Star Trek m'intimide parce que trop long), "les dépossédés" de Le Guin, et un final avec le cycle de la culture de Banks (Ça m'a donné envie de découvrir aussi, à part qu'il y a dix tomes xD). Et bref j'sais pas : je trouve que y'a quelque chose d'un peu paradoxal à dire qu'il faut montrer des utopies (parce que si on montre qu'il n'y en a pas on s'habitue à l'idée de ne pas en voir) et en même temps... ne pas vraiment en montrer, ou très peu ? (surtout le final avec le cycle de la culture : c'est logique que ce soit le choix de Carabédian, vu que sa thèse doctorale portait sur ce cycle, mais c'est aussi une œuvre dont les premiers tomes datent, et ca donne un peu l'impression qu'il n'y a rien eu depuis ?)

NB : je pense que c'est lié au fait que le référentiel d’œuvres fictionnelles déployé dans l'essai est plus cinématographique que littéraire (en terme de nombre d’œuvres citées). Or, je m'en étais rendue compte en écrivant mon article sur les structures narratives, mais y'a clairement une plus grande créativité chez les romancierrs que dans l'industrie du cinéma (C'est pas seulement parce que le cinéma adapte des œuvres vieilles de 30 ans : quand adaptation il y a, elles sont édulcorées. Cf les robots d'Asimov. Et btw l'autrice en a conscience puisqu'elle se réjouit que l’adaptation par Amazon d'un des tomes du cycle de la culture ait été abandonné. Bref de manière générale, je suppose qu'écrire un livre coute moins cher que faire un film, surtout un film de SF avec des effets spéciaux, du coup y'a moins besoin de faire plaisir aux investissaires). Et du coup : je suppose que si on cherche des utopies faudra d'abord les chercher dans la littérature ?

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Bref du coup les références c'est plus Dona Haraway, Hannah Arendt ou Gille Deleuze que des autaires de SF. Au final très peu de romans sont évoqués ("Apprendre si par bonheur" de Chambers, "La zone du dehors" de Damasio, "Les dépossédés" de Le Guin, "le cycle de la culture" de Banks, et c'est tout, en gros) et les exemples d’œuvres fictionnelles sont plus souvent tiré de la télé/du cinéma (ce qui permet aussi de parler des blockbuster et de la réception du grand public).
Mais donc quand il est question de fiction, je suis pas forcément d'accord avec les analyses faites (ce sont des détails, comme le livre est un livre de philo et pas de littérature comparée, mais je suis relou faut croire donc bref j'ai envie de détailler) :
- En parlant de "squid game", Carabédian écrit "le pb ne vient pas de la série qui a un propos politique très clair, mais vient au contraire de sa réception", et je suis pas d'accord que ce soit pertinent de faire cette dichotomie. Pour moi "squid game" peut se lire de manière anticapitaliste, c'est sur, mais le degré de violence gratuite (grand spectacle gore) rend possible la réception désastreuse qu'il y a eue (avec les gens qui reproduisent les défits et se déguisent avec les costumes des méchants du show pour halloween). Y'a un pb de structure dans cette série.
- Dire "parce que tout histoire a besoin de conflit, et peut-être même parce que toute histoire est, par escence, conflituelle" de base je suis pas d'accord, mais quand c'est pour commenter un livre de Le Guin euh... (Le Guin a qui on doit "la théorie de la fiction panier" dans lquelle elle explique précisement l'inverse)
- citer Asimov comme exemple emblématique de "robots mal intentionnés et agressifs qui se retournent contre leurs créateurs" alors qu'Asimov a précisément écrit son cycle des robots pour prendre ce troppe à rebours... c'est un échec xD (après oui : dans l'adaptation en film, le troppe revient en force, mais c'est pas marqué "i, robot", c'est marqué Asimov).

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(pas un vendredi) j'ai lu "Utopie radicale" d'Alice Carabédian (merci @Meor pour la reco).
Le truc c'est : je m'intéresse beaucoup aux utopies, en tant que personne désireuse d'en lire et surtout d'en écrire, du coup forcément l'essai m'a interpelé dès que j'ai appris son existence. Ma seule réserve étant que, ayant feuilleté le livre en librairie, j'ai été surpriss de l'absence d'une biographie (or j'aime bien avoir une liste de livre pour situer le référentiel à partir duquel unn autaire écrit).
Mais en définitive, une biblio ne m'aurait pas aidée : dans son essai, Alice Carabédian a une approche plus philosophie que littéraire. Il ne s'agit pas vraiment d'analyser un corpus d'utopies, mais de théoriser ce qu'elles ont de radicales.
Dans toutes la première partie du livre (vraiment jouissive à lire, tout en étant assez exigeante, on est plus sur un texte académique que sur un texte de vulgarisation, perso j'ai eu besoin de faire des schéma dans les marges pour synthétiser ce qui était expliqué) il est question de redéfinir ce qu'est une utopie pour expliquer en quoi en écrire est une démarche intrinsèquement politique et nécessaire. Carabédian revient sur les méconceptions qu'on a de l'utopie (c'est naïf, c'est voué à l'échec, on s'y ennuit) pour expliquer en quoi elles sont fausses. Elle explique notamment en quoi l'utopie n'est pas le progrès (le progrès étant quelque chose d'uniquement technique, qui n'est intrinsèquement ni bon ni mauvais, là où l'utopie et la recherche du bon). Elle explique aussi qu'il ne peut pas y avoir "d'utopie réalisée qui vire au cauchemar parce qu'elle se solidifie dans ses principes, même si ces principes partent de bonnes intentions" parce que l'utopie est par définition toujours devant (ce n'est pas une destination, c'est le fait de se projeter vers un ailleurs désirable. Du coup de fait il n'y a pas de "les utopies c'est beau sur le papier mais ca mène à la dystopie quand ca se réalise, regardez le communisme dans l'urss" mais au contraire : on reconnait qu'on est dans un présent dystopique parce que les utopies sont découragées). Aussi il est question du fait que les dystopies renferment des utopies en creux (parce qu'on nous montre un avenir affreux, on nous donne aussi envie de chercher à l'éviter) mais que c'est insuffisant : d'abord parce qu'être inondé d'horreur crée un sentiment d'habituation/fatalisme (et puis ca peut mener à penser que le présent c'est pas si mal, et renoncer à se battre contre le capitalisme et les injustices de ce monde), ensuite parce que quand on montre uniquement des utopies dans les marges d'un système dystopique (imaginaire des cabanes et des ruines) on manque un peu d'ambition par rapport aux imaginaires colonialistes des puissantts (nous aussi, via nos utopies, devrions viser les étoiles !)
Bref ca fait du bien à lire. Et ca donne vraiment envie de découvrir des utopies (ou d'en écrire).

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Je suis tombé (via l'instagram de Fania Noel) sur un article de Sarah Ghelam qui critique l'essai "écrire à l'encre violette" dont je parlais récemment par ici. Je trouve ça intéressant parce que mon impression personnelle était que l'angle lesbien accapare tout un pan de la littérature qui n'est pas forcément uniquement lesbien en réalité, et que j'étais un peu dérangéé par le passage disant qu'il n'y a quasi pas de livre parlant de transidentité hors SFFF. Et bref là l'autrice fait un constat similaire sur le fait que ça l'a dérange qu'on dise que la littérature lesbienne (jusque très récemment) est restée très blanche, alors que c'est assez difficile de prouver l'absence d'un truc, et qu'en l'occurrence il semble improbable qu'aucune lesbienne racisée n'ait jamais rien écrit. Plus probablement elles ont été effacées ou sont restées dans les marges où il aurait été intéressant d'aller les chercher. Et aussi : même en restant sur un corpus très blanc, c'aurait été possible de le critiquer, et d'intérroger vraiment la blanchité.
Bref je trouve l'article très intéressant parce qu'il montre ce que devrait être l'intersectionnalité (vs ce qu'elle devient parfois, aka juste un mot pour dire "on a conscience que la diversité c'est important") au travers d'un exemple concret (l'analyse d'un livre).
genreed.hypotheses.org/2793

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Hey !
Du coup ces derniers jours j'ai bossé sur ce projet photo/texte

evadserves.ovh/index.php/2022/
"Je ne peux m’empêcher de penser que l’on pourrait faire mieux, rien qu’en acceptant nos limitations. Et je ne veux pas dire « admettre notre nullité intrinsèque », mais bien « embrasser notre humanité ». On peut tout à fait tirer de la joie de nos défauts (ou de ce que la norme nous a apprit à voir comme nos défauts, libre à nous de recalibrer les définitions). Je ne veux pas qu’on s’excuse en permanence. Je veux au contraire que l’on s’assume pleinement, sans nous cacher derrière une image de pureté (qui n’est accessible que si on est blanch, suffisamment valide, et qu’on accepte de rappeler régulièrement qu’on a été assignéé femme à la naissance)."

(en vrai y'a qq photos de plus sur mon insta, mais le texte est plus facilement lisible sur mon site)

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Healing also means taking responsibility for the role you play in your own suffering.

from: instagram.com/p/Ccx7P3NN55L/

Avis films (long) 

En fait j'aime bien le cinéma espagnol j'crois. Enfin... j'aime bien ces films un peu cucul pour ado, ou tu dois débrancher ton cerveau pour regarder parce que quand même ça vole pas haut (et t'as pas besoin de beaucoup de concentration parce que c'est plein de tropes que tu connais par cœur). Bref, ce genre d'histoires qui fait un peu contraste avec mes lectures (ou pour le coup si c'est pas méga pointu et limite expérimental je râle comme l'horrible snob que je suis). Mais bon : j'ai beau accepter que "débrancher son cerveau" est une condition préliminaire pour regarder ce genre de longs métrages, des fois on tombe sur un film qui subverti juste assez les tropes usuels pour que tu sois là "wow... mais en fait... c'était un BON film ??" et ça fait quand même grave plaisir. Genre si je pouvais avoir des films cucul de qualité au lieu de film cucul super clichés (avec des clichés qui deviennent nauséeux à force d'être répétés), franchement ce serait cool. Or, souvent quand un film pour ado me surprend agréablement, il se trouve que c'est un film espagnol.
Ça m'avait marqué la première fois quand j'avais vu ce film sur youtube "le club des incompris" (youtube.com/watch?v=qLRp-rOpIQ) où on suit une ado qui déménage dans une nouvelle ville, et se fait des ami.es, et elle flirt aussi avec un gars un peu casse-cou qui respecte pas trop les limites des autres, et c'est un peu romantisé... jusqu'au moment où il dépasse vraiment les bornes et Valéria (l'héroïne) le dégage vraiment de sa vie, définitivement. Y'a un de ses amis qui fait le commentaire "mais c'est qui se connard ?" et ça faisait du bien d'avoir juste ça : la remise en perspective du truc, où le gars arrête d'être un intérêt romantique un peu kinky à qui tu peux tout pardonner (ce qu'il aurait été du début à la fin dans n'importe quel autre film américain, et c'aurait été à toi en tant que spectataire de te dire "ouais je sais qu'en vrai c'est problématique, mais c'est un film, je savais que ce serait comme ça").
J'avais bien aimé "cinq fantômes en terminale" aussi (youtube.com/watch?v=BAimb7Mw9B) rien de spécial, juste le genre de truc que tu pourrais avoir envie de revoir.

Et bref là je viens de regarder deux films espagnols sur Netflix, et j'suis sur les deux sont problématiquesTM (surtout le 2e), mais j'ai bien aimé.

Le premier c'est "live is life" : un film qui se passe en 1985 dans la campagne espagnole, on suit cinq ado qui décident d'aller camper dans la montagne la nuit de la saint-jean, à la recherche d'une plante magique qui, d'après la légende locale, peut tout guérir (ce qui tombe bien parce que y'a un des gamins qui a un cancer, et l'autre un père dans le coma). Ce que j'aime bien, c'est que c'est pas du tout un film genre "block buster" où on enchaine les épreuves jusqu'au climax (par exemple, à un moment ils veulent passer par une "zone dangereuse", et du coup on se monte la tête, mais c'est comme leur dit la dame à qui ils achètent des glaces "mais elle est pas si dangereuse cette zone ? - Non bien sûr, mais passez quand même pas par là" > c'est pas extraordinaire comme endroit, c'est même tristement banal : y'a des gens pauvres et drogués. Ils vont pas attaquer ni rien, juste : c'est pas un spectacle pour des gosses). Il se passe beaucoup de chose dans ce film, mais c'est pas des "passages obligés pour faire avancer l'intrigue" : c'est vraiment une bande d'ado qui rate pas une occasion de faire une connerie (par exemple : rentrer chez les gens pour tester toutes les piscines possibles, faire sauter des pétards, dire des gros mots, voler une bouteille d'alcool, etc). C'est absolument pas un modèle à suivre (ça m'a fait rire parce que particulièrement les insultes : c'est pas inclusif du tout xD), mais ça prétend pas en être un. Bien sûr ils font n'imp', mais ils prennent aussi soin les uns des autres, et j'ai juste eu l'impression d'avoir passé une heure et demie avec des vrais ados que j'aurais pu côtoyer. C'était un peu nostalgique et c'était bien (oui parce que y'a ça aussi : ça se passe dans les années 80 mais c'est pas "les années 80 américaines telles qu'Hollywood nous les a fait fantasmer". Déjà ça se passe en Espagne, et y'a quelque chose de plus+ réaliste/organique, c'était plus+ intemporel aussi, en un sens : à part les modèles de voiture, ça ressemblait vachement à mes années 90-2000). (Also y'avait un peu une vibe "ca aurait pu être un film amateur fait par des ado sur leur propre vie, parce que vraiment on s'y croit", sauf que c'était pas amateur : c'est bien joué, bien mis en scène, y'a des super images, et une bande son chouette. Bref c'était vraiment cool).

Ensuite, j'ai voulu vérifier ma théorie sur les films espagnol en regardant un film qui s'appelle "à travers ma fenêtre" et dont le plot part clairement d'un mauvais pied : c'est l'histoire d'une ado qui est un peu obsédée par son voisin (elle le stalk et elle écrit des fanfics sur lui), jusqu'au jour où le voisin pirate son wifi, accède à ses dossier, et commence à flirter avec elle. Clairement, comme modèle de séduction, c'est nul, c'est pas très sain, dans la vraie vie ça aurait toutes les chances de mal finir. Mais d'ailleurs, de base, ça marche pas très bien : c'est deux ado qui sont assez à l'aise sexuellement (le gars a déjà couché avec plein de filles, et la fille assume en fait très bien ce qu'elle veut une fois qu'elle est confrontée, ce qui est plutôt rafraichissant en vrai), mais qui sont pas du tout mature d'un point de vue émotionnel. Et déjà, de base, je trouvais ça bien que les deux aspects puissent être déconnectés (genre ils font de la merde niveau flirt/émotions, mais quand il est question d'intimité physique (s'embrasser, coucher ensemble), ils savent prendre le temps de s'assurer qu'ils en ont bien tous les deux envie et tout). Et bref du coup ils couchent ensemble assez vite, mais ça suffit clairement pas à construire une relation, et les deux doivent apprendre à gagner en maturité (En vrai je trouve que la trajectoire du gars est un peu téléphonée genre y'a son père qui lui a enseigné que "l'amour rend faible" et du coup il doit déconstruire ça, et celle de la fille aurait mérité d'être plus creusée genre à la fin on la voit partager ce qu'elle écrit et donc communiquer au lieu de juste écrire des fanfics de manière un peu creepy-obsessionnelle dans son coin, mais c'est tout et je pense que j'aurais bien aimé qu'il y ait plus, même si je sais pas trop quoi). Et bref j'sais pas : encore une fois : c'est des ado, et donc ils font de la merde parce qu'ils ont pas encore appris à faire les choses bien (et aussi le fait qu'ils soient ado permet d'équilibrer la balance : genre au début on voit que la famille du gars est super riche... sauf que c'est sa famille, pas lui, lui c'est un gosse qui doit faire ce que son père lui dit, donc avec le père autoritaire ascendant connard qu'il a, il est pas du tout tout-puissant), et je sais pas si je voudrais regarder à nouveau mais je regrette pas du tout de l'avoir vu une fois.

Enfin voilà, ptet juste ça fait du bien de voir des films qui sortent pas de cet exact même moule auquel on est habitué·es 🤔​

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