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📝 Aujourd'hui on démarre les ateliers d'écriture ! 📝
La consigne imaginée par @panais : le texte doit commencer par "Ah tiens, les cerisiers fleurissent". Le reste est libre, pas de limite de taille. Chacun·e écrit de son côté puis poste son texte (ou un lien vers son texte) avec le mot-dièse . On garde ce thème pendant une semaine, mercredi prochain on change.
Ă€ vos plumes et claviers !

· · 3 · 20 · 13
Coucou voici ma contribution! Merci pour cette superbe idée d'atelier.

Ah tiens, les cerisiers fleurissent
Artifices de pollen en corolles
Les ailes de jeunes imagos bruissent
Et se gonflent pour le premier vol

Une abeille neuve, et née solitaire
Écu ciel, d’azur à apis d’or
Ces fleurs, nos mains les déchirèrent
Et à présent sous l’armure, la mort

Car ces mains si prestes et si hostiles
Ont tôt fait d’endeuiller les chemins
Mercenaires sans respect chlorophylle
Ni d’aucun animal non humain

#EcritHebdo

Ah tiens, les cerisiers fleurissent 

« — Ah tiens, les cerisiers fleurissent encore… Mais c'est pas possible d'avoir de la chance à ce point-là. Tu peux m'expliquer comment tu fais pour avoir au moins deux lueurs dans ta main depuis trois manches ?
— Je sais pas, faut croire que je les attire. Mais ça ne t'as pas empêché de me couper l'herbe sous le pied deux fois. Les lueurs, elles m'ont pas aidée à éviter ton tsukifuda avec ces magnifiques pivoines, dis-moi.
— Oui, c'est vrai, je me débrouille, mais j'aimerais bien faire les lueurs aussi, des fois. Je sais pas, les lueurs c'est pas pareil. Moi j'aime cette Grue, et ce Phénix… et puis vu mon retard, c'est pas en marquant un point par manche que je vais te rattraper. En plus je parie que t'as la coupe de Sake dans ta main ou que dans deux tours elle sort à la tourne.
— Si elle sort à la tourne, elle sera peut-être pour toi. »

N'ayant rien à répondre, elle prend la tasse au fond épais et la porte à ses lèvres. Sa partenaire retourne la carte suivante, l'homme-sous-la-pluie, et la place dans la rivière à côté d'insignifiants iris.

« — À toi.
— Puisqu'on force mes coups…

Et elle pose un ruban sur l'homme-sous-la-pluie avant de placer les deux cartes à sa droite. Elle retourne la coupe de Sake et ne peut réprimer un soupir d'agacement.

« — Sers-toi, c'est la maison qui régale…
— Tu penses que j'ai de quoi la prendre ?
— J'en suis certaine.
— Alors tu savais qu'elle allait sortir et tu savais que j'avais de quoi la prendre ? Tes talents de devin sont plutôt impressionnants, tu sais.
— Moque-toi de moi par-dessus le marché. Non, je ne "sais" pas mais je le sens. C'est comme… tu vois les jours gris, les jours où tu te réveilles fatiguée et tu sais que ça va être pour ta pomme. Toute la journée. Il n'y a pas plus de raison que ça s'enchaîne mais pourtant ça s'enchaîne. Ça devient un réflexe de défense. Si t'es pas préparée en te disant que la prochaine tuile est encore pour toi, le choc peut te tuer.
— Oui, mais tu ne sais pas. En l'occurrence, elle me fait de l'œil mais malheureusement je n'ai pas de quoi la prendre. Il me faudra me contenter de ce beau Shika !
— Purée…
— Ne te plains pas, je te retourne un beau ruban de poésie. Tu vois, il y a toujours quelque chose à faire. J'ai l'impression que finalement ce ne sont pas les cartes qui te font gagner à ce jeu mais ta capacité à reconnaître des motifs dans celles qui sortent et à t'adapter à ce que tu as une chance raisonnable de faire. Je te ressers du thé ? »

Elle secoue lentement la tête de côté les paupières baissées.

« — Je te rejoins complètement mais justement, moi ce que j'aime, c'est le côté créatif, c'est réussir à assembler des yakus qui me plaisent. C'est comme trouver un bel accord ou un schéma de couleur élégant. Tu développes forcément une certaine affinité avec les cartes. Ne me dis pas que le Shika que tu viens de prendre ne te plais pas.
— Si, je l'adore ! Mais des fois il ne sort pas et c'est aussi bien parce que les autres cartes sont chouettes aussi.
— Oui… je voudrais juste obtenir les cartes que je veux de temps en temps.
— C'est un jeu de hasard, le principe c'est que tu ne peux pas savoir ce qui sortira, c'est là qu'est l'intérêt.
— Quel intérêt peut-il y avoir ? Comment peut-on seulement jouer à un jeu de hasard ? Un jeu où les succès ne sont pas mérités et où on ne peut même pas faire d'erreurs et donc pas progresser.
— Comme je disais, je crois que l'intérêt est ailleurs. Il est dans ta capacité à t'adapter, à savoir limiter la casse quand tu ne peux rien faire d'autre. Et puis, sois rassurée, l'intérêt créatif est bien là : tu as une liberté infinie sur ce que tu fais de ta donne et de la chance ou de la guigne qui t'ont été accordées pour une manche.
— Oui, donc ce jeu c'est un modèle de la vie, et tout et tout. Je te vois venir. Mais il faut donc être masochiste pour s'infliger en jouant ce qu'on doit déjà supporter le reste du temps.
— Non, c'est complètement différent. Ce sont des petites vies sans importance, qui s'arrêtent et recommencent autant que tu veux et où tu peux expérimenter ce que tu veux. Au contraire, c'est un tel espace de liberté ! Aller, joue. »

Elle prends les iris de la rivière avec son ruban d'iris et retourne des fleurs de prunier.

« — Voilà ! De quoi te plains-tu, tu marques les rubans de base. Tu vois, mes cerisiers sont beaux, mais seuls avec la grue, ils ne m'ont pas servi à grand-chose.
— Mais ce n'était pas ce que je voulais faire. Je voudrais seulement marquer un truc sympa, les animaux ou quelque chose.
— Tu marqueras ça une autre manche. Accepter le hasard, c'est aussi accepter quand il te fait gagner.
— Koikoi !
— T'es pas possible… »

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